Conte de Noël

Une nuit au Musée

La porte du garage se referma avec un bruit sourd. Il tourna la clé dans la serrure , laissant là les voitures de collection , bien rangées et lustrées pour passer l’hiver.  A travers la petite fenêtre , la lune envoyait une lueur blafarde qui venait éclairer les trois véhicules étroitement serrés car la place était comptée.

il y avait là une limousine noire , de forme carrée , aux chromes étincelants qui toisait deux voitures plus récentes , un coupé aux lignes élégantes et une décapotable de couleur pâle.

La nuit commençait à tomber , une nuit étrange où planait une atmosphère indéfinissable.

C’est alors que le volant du coupé se mit à tourner lentement. La roue obliqua doucement vers l’extérieur , accompagnée d’un léger crissement du pneu sur le sol.

A côté , la décapotable que l’on croyait endormie se mit soudain à  bouger son volant elle aussi. Le pneu se rapprocha timidement de celui du coupé. Encouragé par cette attitude , le coupé s’enhardit ; son volant repris sa lente rotation et l’espace entre les deux roues diminua peu à peu jusqu’au moment où les flancs en caoutchouc finirent par se toucher. On entendit alors les vieilles suspensions à lames de ressorts fatigués grincer….A côté , la limousine noire détourna ses phares.

Le lendemain , le jour était à peine levé quand le gardien du musée se dirigea vers le garage. Nous étions le 25 décembre et tout était encore silencieux. Il tourna la clé dans la serrure et ouvrit le portail ; la lumière du jour pénétra brusquement à l’intérieur et se jeta sur les carrosseries somnolentes. Il s’immobilisa sur le seuil , bouche bée: devant les pare-chocs du coupé et de la décapotable il y avait une autre voiture , toute petite , une citadine avec un toit ouvrant , adorable à croquer dans sa peinture blanche immaculée.

Il prit une couverture et recouvrit la voiture mais bien qu’elle fût minuscule , le bout du capot blanc et les deux petits phares dépassaient encore.

il sortit une regard tendre vers cette nouvelle venue.

Dans le silence retrouvé , un rayon de soleil traversa la fenêtre et vint illuminer d’un sourire les calandres du coupé et de la décapotable. On pouvait y deviner aussi un sentiment de fierté.

Juste à côté , sur le pare brise de la limousine , la fraîcheur de la nuit avait déposé une rosée matinale. L’imposante voiture se tenait toujours droite , stricte dans sa carrosserie noire; mais sans vouloir le montrer, la vieille dame avait les vitres embuées de bonheur.

Michel Saulnier.

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